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Lettre ouverte à ma fille




Ma très chère fille,


Ma très chère enfant,


J’ai tellement à te dire, j’ai tellement à t’instruire, que j’ignore quoi poser sur ces lignes. Je veux tout écrire. C’est confus et en même temps beau dans ma tête.


D’ailleurs, la confusion et la beauté étaient les deux sentiments qui se sont logés dans ma tête et mon corps lorsque nous avons appris que tu étais une petite fille. J’ai pris peur. Je me suis interrogée sur les différentes façons d’élever une petite fille dans ce monde d’aujourd’hui.

Moi ? Maman d’une petite fille, d’une future femme ?


Comment pourrais-je ?


Comment t’éduquer ?


Comment te protéger ?


Comment te dire que mon propre corps n’a pas réparé ses propres stigmates, et qu’il est alors incapable de guérir les tiens futurs ?


Comment te dire que tu devras te battre plus fort et plus longtemps, faute d’être née avec le sexe faible ? Comment t’expliquer que l’injustice est toujours présente aujourd’hui malgré les batailles de tes ancêtres ? Comment te faire accepter que tu portes en toi des siècles de souffrance et de maltraitance, et qu’il faudra faire avec ? Ou alors peut-être devrais-je te montrer comment les transmuter, les transformer, pour en faire des paillettes, et si tu veux même, des étincelles ?


Comment t’expliquer que tu nais et restes libre dans ton corps, alors que je n’arrivais à peine à en saisir la réelle signification ?


Puis, quelques semaines ont passé.


Tu grandissais chaque jour un peu plus dans ce ventre qui s’arrondissait. Tu étais ma fierté, tu m’offrais ce bonheur de pouvoir te créer quasiment toute seule. Tu m’apprenais déjà à baisser mon regard vers ce corps qui m’appartenait tout en t’appartenant, ce corps qui se transformait sans aucun contrôle de ma part.


Tu m’as tellement appris durant ces 9 mois : à ralentir, à prendre soin de moi, à m’aimer, à aimer ce que mon corps faisait, à m’épater moi-même.


Puis, lentement, j’ai senti ta douceur et ta force, j’ai senti tout ce que tu avais à apporter dans ce monde rude et froid. D’ailleurs, tu es arrivée en plein été, comme pour enchanter et réchauffer cette planète qui en avait déjà tant besoin !


Puis, j’ai senti ton amour, j’ai senti mon amour pour toi.


Puis, tu es née.


Puis mon regard s’est posé dans tes tous petits yeux bleu nuit.

Puis je t’ai aimé. Encore davantage. Et malgré cet amour, la peur était toujours en moi. La peur de mal faire. La peur de ne pas être à la hauteur. La peur de fauter. La peur d’être mauvaise fille.


Puis tu as grandi. Puis tu as parlé. Et de ta bouche sont sorties nombre de belles paroles. Autant de paroles qui m’ont guéri mon corps meurtri, que de paroles qui m’ont meurtri mon cœur fragile.

Tu m’as faite rire. Tu m’as faite pleurer. Tu m’as faite crier. Tu m’as faite parler. Mais tu m’as fait vivre, pour toujours. Mais tu m’as aimé, pour toujours. Et toujours, tu m’as apporté cette beauté qui t’est propre, cet apprentissage qui vient de ta naïveté, cette leçon de vie qui t’est naturelle.


Aujourd’hui tu as 8 ans.


Tu grandis, tu t’affirmes, tu marques ta place et j’en suis fière.


Dans quelques années tu seras une jeune fille puis une jeune femme.


C’est alors aujourd’hui que je t’apprends l’importance du respect. C’est aujourd’hui que je t’apprends que ton corps t’appartient. C’est aujourd’hui que je t’apprends à t’aimer. Et quelle autre meilleure façon de te l’instruire que de le faire moi-même. Définitivement, tu m’auras autant apporté que je t’aurai finalement instruite. C’est le doux partage de la vie.


Aujourd’hui, pour toi, j’apprends à aimer mon corps. Aujourd’hui, pour toi, j’apprends à dire non.


Aujourd’hui, pour toi, j’apprends à faire de ma vie un rêve. Aujourd’hui, pour toi, je travaille à devenir la meilleure version de moi-même.


Et j’espère au plus profond de mon être, que tu seras une femme forte, épanouie, heureuse, confiante. J’espère au plus profond de mon cœur que tu sauras dire « non ». J’espère au plus profond de mon cœur que tu apprendras à t’aimer et à te rendre heureuse. Parce que tu le mérites, comme toutes les femmes ici présentes.

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